Rick Owens : Le poète sombre de la mode

Rick Owens : le styliste de l’ombre

Dans le paysage souvent clinquant et éphémère de la mode, certains créateurs se distinguent comme des rochers, immuables et profondément ancrés dans une vision. Rick Owens est de ceux-là. Plus qu’un simple designer, il est un architecte de l’ombre, un sculpteur du corps et un philosophe des bas-fonds chic. Son univers, reconnaissable entre mille, est une ode à la beauté dissonante, à l’élégance radicale et à l’individualité farouche.


Des débuts underground à l’empire mondial

Né en Californie en 1962, Rick Owens n’a pas suivi le parcours classique des écoles de mode prestigieuses. Après des études en beaux-arts, il apprend le métier sur le tas, en déconstruisant et en recousant des vêtements vintage pour des boutiques de Los Angeles. En 1994, il lance sa propre marque depuis un petit atelier, créant des pièces en cuir sur mesure pour une clientèle alternative et des icônes underground. C’est l’époque des débuts discrets, où son style « glunge » (glamour + grunge) commence à attirer l’attention.

La consécration arrive en 2002, lorsqu’il présente sa première collection à New York, récompensée par le Perry Ellis Award for Emerging Talent. Le monde de la mode découvre alors son esthétique unique : des silhouettes allongées et déstructurées, des cuirs vieillis, des fourrures (souvent d’imitation aujourd’hui) et un monochrome rompu seulement par des touches de beige, de blanc cassé ou de rose poussiéreux.

« Je fais des vêtements pour les femmes qui ne veulent pas plaire à tout le monde. Elles veulent plaire à elles-mêmes. » – Rick Owens


L’esprit Rick Owens : une éthique de la rébellion élégante

S’habiller Rick Owens, ce n’est pas suivre une tendance. C’est adhérer à un état d’esprit. C’est un rejet de la futilité, une recherche d’authenticité et une célébration de la singularité. Ses défilés, souvent tenus dans des lieux bruts comme la cour du Palais de Tokyo à Paris, sont de véritables performances où les mannequins de tous âges, tailles et origines défilent avec une intensité presque ritualistique.

Dans un entretien, Owens résumait ainsi sa vision : « Je pense à ce que je fais comme à du glamour punk. C’est une idée de rébellion, mais avec une certaine sophistication. C’est de la rébellion avec de bonnes manières. »

L’esthétique Owens : un manifeste en noir

Le noir est bien plus qu’une couleur chez Rick Owens ; c’est une substance, une matière première, une philosophie. Mais réduire son travail à une simple palette sombre serait une erreur. Il s’agit d’un noir qui contient toutes les nuances, travaillé dans des matières qui captent et déforment la lumière : cuir cireux, laine bouillie, jersey épais, tissus techniques.

Ses silhouettes, souvent qualifiées de « gothiques » ou de « post-apocalyptiques », redéfinissent la silhouette humaine. Les épaules sont accentuées, les bustes sont ajustés et les jambes s’étirent à l’infini dans des pantalons extrêmement larges (les fameux « drop-crotch pants ») ou au contraire, moulants. La déconstruction est maîtrisée : les coutures apparentes, les asymétries et les superpositions deviennent des éléments de langage.

« Je vois la beauté dans ce qui est cassé, irrégulier, un peu sale. C’est une beauté qui a du vécu. » – Rick Owens


Au-delà du vêtement : un univers total

Rick Owens : la maison de luxe qui bouscule les codes

L’univers Rick Owens dépasse largement le prêt-à-porter. Son empire inclut désormais :

Le vestiaire masculin et féminin : où il brouille souvent les frontières entre les genres.

La chaussure : devenues cultes, comme les « Geobaskets » aux semelles démesurées ou les « Boots Bulldozer », véritables sculptures pour les pieds.

Le mobilier : des pièces massives en marbre, bois, cuir et fourrure, qui reflètent la même esthétique brute et monumentale que ses vêtements.

La parfumerie : des fragrances minérales, empoussiérées, à l’image de son monde.


Inspiration look

Comment adopter l’esprit Rick Owens ?

Vous n’avez pas besoin d’une garde-robe entièrement estampillée Owens pour capturer son essence. Quelques pistes :

Jouez avec les volumes : Superposez un blazer large sur un t-shirt fin, ou portez un pantalon cargo ample avec un haut moulant.

Embracez le monochrome : Travaillez les textures et les nuances dans une seule palette (noir, gris, beige).

Osez la pièce statement : Une paire de chaussures à la silhouette architecturale, un manteau aux épaules extrêmes ou un sac aux formes sculpturales.

Privilégiez les matières : Cuir, laine bouillie, coton épais… Choisissez des tissus avec du caractère et de la tenue.

Attitude : La clé. Portez vos vêtements avec une assurance tranquille, une forme de dignité sombre et une confiance farouche.


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